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Redonnons la Confiance méditation de Olivier RAOUL-DUVAL Administrateur AFP

Publié dans Prédications et textes bibliques

 

AFP, Fontevraud, 14 octobre 2012 Méditation par Oliver RAOUL-DUVAL

Marc 1, 21-28 - NBS

21Ils entrent dans Capharnaüm. S'étant rendu à la synagogue le jour du sabbat, il se mit à enseigner. 22Ils étaient ébahis de son enseignement ; car il enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité, et non pas comme les scribes.

23Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit impur, qui s'écria : 24Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais bien qui tu es : le Saint de Dieu !

25Jésus le rabroua, en disant : Tais-toi et sors de cet homme. 26L'esprit impur sortit de lui en le secouant violemment et en poussant un grand cri. 27Tous furent effrayés ; ils débattaient entre eux : Qu'est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent !

 

Redonner la confiance !

Qui n’aimerait pas pouvoir régler cette question ?

Le gouvernement, celui-là ou un autre !

Telle Eglise, telle AFP, …

 1.Et nous voici, en ce tout début d’évangile, placés au centre de l'La brièveté de ce récit et la force de son message sont même étonnantes ! A peine les disciples ont-ils été appelés qu'on passe au cœur du sujet.

- Jésus vient de l'extérieur et entre dans la ville

- il va au centre de celle-ci : dans la synagogue

- il occupe la place d'enseignant : au centre de la synagogue

- ça se passe un jour de sabbat : centre du rituel juif,

- Et c'est au centre que Jésus vient se confronter avec un homme impur parce que possédé en son centre. Et le libérer.

Ce texte est comme une flèche tirée par Dieu qui viendrait du premier coup se planter en plein dans le 1000, au cœur du cœur du sujet.

Oui vraiment au cœur du sujet : « Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? » Pourquoi faut-il que Dieu ou son Fils vienne dans ce monde s’intéresser à qui nous sommes, nos débats, nos personnes, nos vies ? Ce serait tellement mieux s’il ne le faisait pas ! Si nous pouvions faire nos petites affaires dans notre coin, avec nos petites décisions, bien à nous, nos petits combats de société, la lutte pour l’égalité des droits et des éléments, pour la reconnaissance qu’au fond nous sommes nos propres maitres et que vraiment nous avons entre nos seules mains notre destin. Nos prétentions à être nous-mêmes notre propre centre, à décider nous mêmes combien nous sommes…

 

 2.Oui mais voilà que ce texte est d’abord une réflexion qui bouleverse la logique humaine, la logique intérieur = pureté / extérieur = impureté.

C'est au centre que Jésus rencontre l'impureté, contre toute attente (cf. commandements juifs sur la pureté qui est toujours éloignée des lieux saints). Et lui, qui vient de l'extérieur, est pur.

 

            On aime bien tracer des limites : le dedans et le dehors.

La foi n’a rien à dire et encore moins à faire dans l’espace publique.

Les vieux avec les jeunes,

les luthéro-réformés avec les évangéliques,

En gros chacun se situe au centre d'un cercle qu'il considère comme lieu de vérité et de pureté et plus on est loin de ce centre (de nous) plus on est forcément dans l'erreur.

C’est terrifiant car se constitue une société qui ne peut plus écouter ce qui lui est extérieure. Aucune remise en question, aucune certification extérieure pour reprendre un dada oh combien juste de notre président…

Parenthèses le nous (plusieurs) / un seul esprit chassé : dénombrement problématique.

Il faut alors se méfier de ce qui vient de l’extérieur justement, car cela remettrait en cause notre train-train quotidien, notre ronronnement tout à fait mortel. Méfiance, il faut se méfier de tout et même de rien.

Mais Jésus nous renvoie tout autre chose : c'est en nous, au milieu de nous, que se situe le problème, la méfiance. Méfiance évidemment par opposition Confiance. Oui au centre du centre que se situe la méfiance.

Son ministère commence en pointant du doigt cette vérité qui fait mal. Chacun de nous a ses démons, ses méfiances, son manque de confiance.

Il y a tant d'exemples où la négation de cette vérité ne fait que donner le pouvoir à la barbarie.

 

Si au fond ce texte nous dit quelque chose : c'est d'abord qu’au fond chacun d'entre nous qui a besoin de recevoir l'Evangile ! C’est d’abord que chacun d’entre nous a besoin de mettre sa confiance en Christ. Après seulement on pourra voir ce qu’il en est et comment cette confiance première peut déborder notre personne, nos assemblées.

Jésus nous rejoint au cœur de nos incohérences / blessures / limites / méfiances, surtout celles que nous nions, et il les dénonce comme nous empêchant d’avoir confiance, de vivre. Il occupe le terrain pour effectivement tenir à distance ce qui fait mal. Jésus se présente comme le témoin de la puissance de vie qui habite chaque individu, il s’acharne à la restaurer quand elle est menacée ou détruite. Il ne détient pas d’autre puissance apparente de la part de Dieu que celle de susciter la vie là où elle est en difficulté, de rétablir la confiance là où elle est malmenée.

Et il encourage son Eglise à le suivre dans cette voie là : à lui faire confiance, à le suivre.

Et ce faisant, évidemment, il entre en conflit.

 

3.Oui car l'Evangile est un combat. La contestation radicale de la « »  de la « méfiance » n'est ni évidente, ni facile.

Ce texte porte les traces de ce combat : des cris, des interpellations. Aucune violence, en tout cas physique, mais nous percevons bien la tension qui existe entre Jésus et l'homme qui l'apostrophe.

« Es-tu venu pour notre perte ? » dit l'homme !

Il va y avoir de la perte, du combat. Il y a des puissances qui ne sont pas compatibles entre elles. Et même si en général nous n'aimons pas les conflits nous devons entendre que parfois ils sont inévitables et que la fuite du conflit, le refus du choix, est en soi déjà un choix. Et qu'elle perte est annoncé ?

La perte de l'esprit qui habite l'homme ?

Ou la perte de ceux qui aiment bien la tranquillité des assemblées de l’Eglise ?

 

Un conflit spirituel, dans lequel un Autre combat pour nous : le Christ.

Nous sommes au début de l'Evangile : Dieu a envoyé son Fils qui va au combat pour nous, et jusqu'au bout.

Oui, mais cela ne se comprend qu'à l'issue d'un combat d'où il sortira victorieux : cela se comprend à la résurrection.

 

Recevoir l'Evangile c'est participer à un combat. Un combat spirituel et paradoxal où il s'agit de laisser le Christ prendre le centre de nos vies et en chasser  l’ « esprit impur », la « mauvaise foi », la « méfiance » qui y logent. Car telle est son autorité à Lui et à Lui seul.

 

4.Alors pour savoir comment redonner la confiance, la question est donc de se demander comment donner au Christ l'autorité sur nos: « Qui est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! »

Jésus aurait-il une parole particulière ???

Surprise : nous ne savons rien de sa parole ici. Il enseigne... C'est sans doute que c'est sa personne même, son être même, tout entier qui est parole et enseignement.

Jésus s’adresse aux gens avec une autorité que les professionnels de la religion n’ont pas. Marc accuse d’ailleurs clairement les scribes de manquer d’autorité personnelle. L’autorité qu’ils ont ne leur vient pas d’eux-mêmes, ils l’empruntent à la tradition ou à la Loi qu’ils sont sensés interpréter ; mais pour ce qui les concerne, en tant qu’individus, ils n’ont aucune autorité. Quant à Jésus qui ici ne cite pas les Ecritures, il tire son autorité d’ailleurs, elle émane de lui. Il la reçoit directement de Dieu.

En fait, le contenu de son enseignement, c'est sa vie même : Jésus enseigne ce qu'il vit.

La présence du Christ dans nos vies c'est le contenu même de son enseignement et sa présence est aussi le révélateur des esprits impurs, des blessures intérieures de toutes les méfiances qui nous lient et en particulier des méfiances vis-à-vis de Lui.

Il n'y a pas d'autre chemin que de lui laisser de l'espace pour qu'il puisse y déployer sa puissance de vie.  Nous n'avons rien d'autre à faire que nous tenir en présence du Christ, le laisser s’installer là, au centre, et lui laisser avoir autorité sur nos vies en toute confiance.

Être devant Dieu et nous laisser inviter, façonner, libérer par cette parole de Vie.

L'autorité de Jésus : non pas un savoir sur mais une relation. La confiance : non pas un décret, mais une autorité. Une autorité nourrit par celle du Christ.

 

5. Il y a un dernier point dont je voudrais parler : le lien entre autorité et confiance

L’autorité du Christ lui est confiée par Dieu et elle permet au Christ de faire grandir. C’est le but de toute autorité : aider à grandir. Ici l’autorité qu’il a pour chasser les esprits impurs permet à cette homme de grandir en étant libéré d’un esprit mauvais. Il en va de même pour un père ou une mère pour son enfant : avoir de l’autorité sur lui, c’est l’aider à grandir. Et si l’enfant reconnaît l’autorité de son père, de sa mère c’est bien parce qu’il lui fait confiance.

Dans la foi c’est la même chose : nul ne peut reconnaître l’autorité du Christ dans sa vie s’il ne lui fait confiance.

Et alors pour restaurer, autant que faire ce peut, la confiance, il faut que non seulement que nous fassions nous-mêmes confiance au Christ, mais aussi que lorsque nous parlons ou agissons, nous le fassions avec autorité, celle enracinée en Christ, dans la Parole de Dieu, celle qui fait grandir.

Etre porteur de paroles et de gestes, d’actions et d’engagements qui aident nos frères et nos sœurs, nos prochains et nos contemporains à grandir.

Nous avons eu hier beaucoup d’exemples qu’engagements, d’AFP ou non qui montrent cela : voilà assurément une façon de restaurer la confiance dans notre monde. Mais malheureusement nous avons aussi entendu que la société a des postures qui font le contraire, rendant captifs nos contemporains, protégeant le fort et plus le faible. Or s’il y a une chose que dit ce texte également, c’est que Dieu, à travers le Christ nous veut debout, grand, libre.

Être habité par le Christ, en son centre. Le laisser mener jour après jour en nous la partie. Avoir confiance qu’il a déjà gagné et qu’il gagnera encore. Et témoigner, avec son autorité à Lui et à Lui seul, autour de nous, voilà comment la confiance pourra retisser des liens sociaux au sein de notre société.

Dur ? Oui

Dur ? Sûrement, mais cela veut simplement dire que pour que la confiance puisse habiter notre société, il faut d'abord que tout notre être Lui fasse confiance et accepte que son autorité habite en nous .

Amen.