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La Famille gage d'Avenir méditation de Jacques VALLUIS administrateur AFP

Publié dans Prédications et textes bibliques

 AFP- COLLOQUE DE FONTEVRAUD 12 – 14 OCTOBRE 2012 

 

 AFP- COLLOQUE DE FONTEVRAUD

12 – 14 OCTOBRE 2012

LA FAMILLE GAGE D’AVENIR

Première Epitre aux Corinthiens Chapitre 13

Pour inaugurer ce colloque, nous voulons nous placer sous le regard de Dieu, être au bénéfice de sa Parole, solliciter sa bénédiction ayant en mémoire, l’exhortation de l’Apôtre Paul aux Colossiens (3 v. 12 à 15) dans les moments où nous pourrions nous affronter, nous échauffer, voire pratiquer un peu vivement la « correction fraternelle » :


Revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience.
Supportez- vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez- vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même vous aussi.
Et pardessus tout revêtez l’amour : c’est le lien parfait.
Que règne en vos cœurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps.
Vivez dans la reconnaissance.


Pour éclairer le temps de partage d’Evangile, de prière, de louange, et de méditation qu’il m’a été demandé de conduire, et puisque la famille va être durant ce trois jours au cœur de nos débats, j’ai choisi à dessein un texte que nous connaissons tous, et qu’il est fréquent d’entendre lorsqu’un couple, dans nos Eglises, demande la bénédiction de Dieu à l’occasion de son mariage.

Ecoutons, et que l’Esprit Saint éclaire ces paroles de l’Apôtre Paul, dans la première Epitre au Corinthiens au chapitre XIII.

  Quand je parlerais en langues, celles des hommes et celles des anges, s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.
Quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et de toute la connaissance, quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien.

L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité.
Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne disparait jamais.
Les prophéties ? Elles seront abolies.
Les langues ? Elles prendront fin.
La connaissance ? Elle sera abolie.
Car notre connaissance est limitée et limitée notre prophétie.
Mais quand viendra la perfection, ce qui est limité sera aboli.

Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant.
Devenu homme, j’ai mis fin à ce qui était propre à l’enfant.
A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors ce sera face à face.
A présent, ma connaissance est limitée, alors je connaitrai comme je suis connu.

Maintenant donc ces trois là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand.

 Seigneur ! A qui d’autre irions-nous qu’à toi : tu as les paroles de la vie éternelle !

A la louange du Seigneur le cantique : « Nos cœurs te chantent »

 LA FAMILLE GAGE D’AVENIR

Famille décomposée, famille recomposée, en l’espace de quelques décennies le modèle traditionnel de la famille a été mis à mal, bouleversé, remis en cause.
Le nombre des mariages décroit, celui des divorces augmente, l’union libre semble prendre le pas, avec son avatar légal qu’est le Pacs.
Face à ces profondes mutations comment nous déterminer, nous qui proclamons Jésus Christ Seigneur et Sauveur de tous les hommes, et qui sommes au bénéfice du message de la Réforme.

Et si nous prenions au sérieux l’invite, voire l’injonction de ne pas nous conformer au monde présent.
Et si, au prisme de l’Evangile qui libère et qui élargit nous prenions le temps de dire une parole qui, dans le respect, la compréhension et l’écoute des autres différents, et de ceux qui ne partagent pas notre point de vue, nous osions annoncer et clamer au-delà des modes et des tendances que la famille est gage d’avenir.

Car la famille est d’abord le lieu où sont partagés des valeurs, et plus précisément, des biens humains fondamentaux. Elle est l’un des tous premiers lieux de dévouement, de fidélité aux liens sur une longue durée, de service de la vie dans toutes ses dimensions, y compris les plus humbles, d’une intimité et d’un amour sans équivalents, somme toute le lieu de la vie la plus incarnée. Elle est également une source de solidarité lors des coups durs de l’existence.
Lieu des plus grandes joies et des plus grandes souffrances : joie des naissances, des repas partagés, des retrouvailles, des anniversaires, joie de voir grandir les enfants, de les voir revenir, d’accueillir enfants et petits enfants ; elle est aussi il faut bien le dire le lieu des plus grandes souffrances : là ou la maladie ou la mort ont le plus de résonances. Lieu des mésententes, des brouilles, des fâcheries, des ruptures.

Elle peut être aussi prison, par des relations possessives ou étouffantes. Les liens familiaux peuvent malheureusement être enfin marqués du sceau de la violence : mauvais traitements, abus sexuels voire crimes de sang.

Jésus lui-même n’a pas toujours été tendre avec les liens familiaux, il a même eu parfois des paroles d’une extrême dureté à leur égard, marquant même une certaine distance.

Distance par rapport à sa propre famille : à quelqu’un qui lui dit que sa mère et ses frères sont là et qu’ils veulent le voir il répond : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? » Et montrant ses disciples, il dit « Voici ma mère et mes frères car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux c’est celui qui est mon frère, ma sœur, ma mère » Matthieu 14,26.

Même les liens de parenté sont remis à leur exacte place : « N’appelez personne votre Père sur la terre, car vous n’en n’avez qu’un seul, le Père céleste » Matthieu 23,8.

Et voici la parole la plus radicale qui surprend et peut même choquer :

« Pensez vous que ce soit la paix que je suis venu mettre sur la terre ? Non mais plutôt la division. Désormais s’il y a dans une maison cinq personnes, elles seront divisées, trois contre deux et deux contre trois ; on se divisera père contre fils, mère contre fille et fille contre mère, belle mère contre belle fille et belle fille contre belle mère » Luc 12,51.

Mais que l’on ne se méprenne pas sur le sens à donner à ces paroles. Ne commettons pas le contresens d’une lecture fondamentaliste, comme si Jésus avait voulu détruire les liens familiaux.
En réalité, à son habitude, il nous surprend et nous prend à contrepied, en nous invitant à remettre ces liens à leur exacte place, en perspective, en les subordonnant à une autre visée : celle du Royaume de Dieu.
Ainsi il les sauve, en les libérant de ce qu’ils peuvent avoir de réducteur, de limité et d’étouffant.

Au demeurant si en paroles Jésus est parfois dur avec la famille, en acte il est plein de sollicitude envers elle.
A Cana, le premier signe de son ministère va consister à sauver la noce en apportant du vin nouveau.
Au début de l’Evangile de Matthieu, il guérit la belle mère de Pierre. Tous les signes de résurrection qu’il pose – parlons plutôt de réanimation- se situent dans un cadre familial.
Il ramène à la vie la fille de Jaïre, Lazare, frère de Marthe et Marie, il rend le fils de la veuve de Naïme à sa mère.

 SUR LE LIEN CONJUGAL ET SA FINALITE

Apprenez que la première cause d’exclusion sociale, d’exclusion totale n’est pas le fait du chômage mais de la rupture conjugale. Nous connaissons la spirale négative qui fréquemment en résulte : dépression, alcoolisme, perte d’emploi, de revenus, de logement.
Par rapport à ces souffrances, le discours dominant qui critique, décrie et dévalorise la famille en prônant d’autres modèles ou substituts, est bien léger.

Il fonctionne comme un mythe ou une idéologie qui gomme les aspérités, les contradictions, les souffrances. Il correspond au point de vue de ceux qui s’en tirent bien. L’histoire est toujours écrite du point de vue des vainqueurs. Or le b-a ba d’une parole chrétienne est l’attention aux plus faibles, aux plus démunis à ceux qui souffrent de ces situations.

Alors affirmons tranquillement, sans culpabiliser quiconque, mais au contraire en tenant compte des souffrances que je viens d’évoquer pour mieux les discerner, les percevoir et les accompagner qu’il existe encore aujourd’hui un modèle référent constitué par la famille et qui prend en compte l’exhortation du Seigneur qui nous commande d’aimer.

A ce titre, le mariage est à ce jour le fondement le plus solide et le plus cohérent pour la filiation.
En effet, la famille est a minima le lieu d’accueil des enfants. Mettre au monde un enfant ou l’adopter, c’est contracter à son égard une responsabilité forte, qui se situe nécessairement dans la durée. L’engagement ainsi pris à l’égard de l’enfant est moralement indissociable d’un engagement contracté envers l’autre parent. Certes le mariage n’est pas, en tant que tel, une garantie de stabilité, nous le savons que trop.

Mais quels que soient les fragilités et les aléas de l’histoire singulière du couple, il y a et il y aura toujours une différence entre l’union de fait, celle où les partenaires restent ensemble «  tant que ça marche », et l’union voulue, résolue, publiquement affirmée comme telle, et consentant à être instituée, ce qui veut dire impliquant des tiers et qui se place délibérément sous le regard et la bénédiction de Dieu.
 
Le mariage est également le lieu où joue la différence des sexes. La parenté quoique l’on puisse dire ou penser, implique la différence des sexes.
Il s’agit là d’une évidence qui n’avait pas besoin d’être argumentée il y a encore trente ans.
Désormais, il faut justifier ce qui relève du bon sens.
Naître, c’est naître de deux corps.
La négation de cet ancrage charnel conduit à concevoir une parenté artificielle.
Homme et femme, deux corps, deux voix, deux styles, deux formes de tendresse, de parole, d’autorité.
Paternité et maternité : deux manières complémentaires de donner la vie.

 LE SENS D’UNE MARCHE COMMUNE

 Dans la famille, nous sommes conviés à une marche commune avec un autre unique, image de l’Alliance que désire nouer avec nous Celui qui fait don de la vie, en plénitude.

Il s’agit de parcourir ensemble le chemin vers ce pays où coule lait et miel, qui passe par la libération de l’esclavage, la traversée des mers houleuses des passions, la marche dans les déserts du doute et le franchissement obstiné des obstacles.
Ainsi, nous sommes invités à marcher sur la route qu’Abram prit « vers lui », vers Saraï et vers le pays de la promesse qui les fit devenir Abraham et Sarah, Père et Mère d’une multitude.

Loin d’obéir à une loi morale qui viendrait d’en haut, nous défiant des railleries de ceux qui peuvent nous taxer d’angélisme ou nous traiter de passéistes, nous empruntons avec confiance et sérénité cette voie parce qu’elle correspond selon nous, à un choix naturel, authentique, à une volonté et à un désir ardent.
 
Nous empruntons cette voie, parce que nous croyons en conscience qu’elle nous rend à la fois libres et solidaires.
Le chemin est certes caillouteux, escarpé et plein d’embûches mais il est fondamentalement gratifiant.

Ainsi, prendre le chemin du « vivre ensemble », dans le cadre familial, avec pour phare l’Evangile qui éclaire la route et prévient des écueils et des récifs, est un défi qu’il nous appartient de relever avec persévérance.

C’est donc oser la confiance d’un avenir qui s’ouvre toujours devant moi, avec celui ou celle que j’ai choisi, malgré tout ce qui peut nous séparer, malgré la grisaille et l’érosion du quotidien, malgré l’angoisse que peuvent susciter les lendemains qui déchantent, les accidents de la vie et le combats imprévus.

Cette aventure est possible dès lors qu’elle est ancrée dans la foi, dans l’assurance d’une grâce qui nous accompagne et nous soutient comme l’Arche de l’Alliance dans le désert du Sinaï qui précédait le peuple libéré du joug de l’égyptien, et dans l’espérance d’entrevoir dans le visage de l’autre le reflet de cet amour, de cet « agapè » qui nous attend.
J’y crois, parce que mon autre semblable est, au long des jours, celui qui m’aide, parfois à son insu, à trouver mon propre chemin en Dieu.

Dans ce parcours éclairé par des paroles anciennes qui résonnent à nos oreilles comme porteuses de vie et d’espérance, il n’est donc question que de l’amour de Dieu et de sa tendresse infinie.
C’est un amour qu’il ne s’agit pas tant d’imiter, que d’accepter comme une nourriture, une eau vive, pour pouvoir aimer à notre tour.

Redécouvrons, si nous les avons oubliées, la fidélité et la constance inlassables de Dieu.
Il souffre de nos rejets et de nos trahisons, de nos doutes et de nos révoltes. Pourtant, comme le prophète Osée, marié à la plus belle des femmes infidèles, il continue à nous prendre par la main, à nous conduire au-delà des conflits et des obstacles, à nous inviter au dialogue, à l’humilité et au pardon.
Souvent nous marchons les yeux et les cœurs fermés, mais Il reste prêt à nous relever à la moindre chute.

C’est tout cela que nous aspirons à transmettre à nos enfants, ceux que la vie en couple nous a confiés, ceux aussi que nous voyons réfugiés dans des bonheurs éphémères, dans la jouissance du quotidien par peur de l’avenir, n’arrivant pas à creuser la surface des apparences, comme perdus dans l’ombre de la mort.
Même si notre propos risque de n’être que murmure, essayons, éclairés par nos balises bibliques, de parcourir les étapes de ce chemin pour en dégager les richesses et le pièges, les lumières, les obstacles et les rochers.

 EN MANIERE DE CONCLUSION ET D’ENVOI

La Parole Chrétienne est essentiellement une bonne nouvelle.
Elle se décline suivant divers axes :
Elle dit tout d’abord, à l’adresse de ceux qui s’apprêtent à fonder une famille, mais également à l’adresse des couples qui traversent la durée, parfois non sans efforts ni difficultés : vous pouvez vous fonder sur des ressources plus profondes et plus fortes, plus constantes que les hauts et les bas de vos sentiments. Votre couple est une réalité spirituelle dont les vertus essentielles sont la confiance, la patience, l’humilité, le respect, la gratitude, la générosité, le pardon.
Et nous revenons là où nous avons commencé : foi, espérance, amour.
La foi est une confiance de fond, elle est vitale pour le lien conjugal, tout aussi vitale est l’espérance, que signifie en effet une vie de couple sans espérance ni projet commun ?

Et enfin l’amour dont nous savons qu’il n’est pas seulement un sentiment, l’élan de deux êtres mais à la fois un commandement et un don.

Alors, forts de cet ancrage, quoique conscients des défis qu’ils impliquent clamons que la famille est porteuse d’avenir…
Et que Dieu nous soit en aide !

AMEN
 
Jacques VALLUIS