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Rififfi chez les Reformés

Publié dans Articles - Protestants - Evangliques

Réforme No 3340 22 octobre 2009 

Opinions
 
P.-P. KALTENBACH. Le président des AFP milite depuis des années pour une plus grande clarté financière et organisationnelle du monde associatif. Il se réjouit du chantier lancé par la FPF. 
 
« Vive la transparence,
la gouvernance, et la certification »
 
Dans son n° 3333 du 3 septembre 2009, Spécial Musée du Désert, intitulé : « Protestants, comptez- vous ! », Réforme aborde la question jusqu’ici taboue de la représentativité respective des membres de la Fédération protestante de France (FPF) et rend compte de la controverse ouverte le 4 mai par les Associations familiales protestantes (AFP) : « Définir et compter les protestantismes ? Est-ce interdit ? Souhaitable ? Possible ? Si oui comment ? » Grand merci au journal. 
 
C’est Jean-Daniel Roque, trésorier de la FPF, qui a lancé le débat en 2008. Qui paie quoi ? Ces cotisations sont- elles proportionnelles au droit de vote dont disposent les membres ? Et, sur- tout, est-ce équitable par rapport à leur poids démographique respectif ? Visiblement, personne n’avait prévu les corrélations pourtant mécaniques entre ces thèmes exclusivement quantitatifs et un questionnement qualitatif autrement redoutable parce que d’esprit démocratique :  qu’est ce qu’un membre d’Église ? d’œuvre ? de mouvement ? d’association ? Quelles différences entre employeurs, salariés, bénévoles, usagers, militants et fidèles ? Quels liens entre cotisations et fonds publics ? Quels rapports entre concordataires et ressortissants de la loi de 1905 ? 
 
Bonus à la transparence
Par rapport à ces questions, les AFP se trouvent, sans l’avoir voulu, dans une situation associative, juridique et confessionnelle privilégiée. Qu’il s’agisse de la définition et du chiffrage de leurs associations et de leurs membres par la loi, de leur objet social et de leur engagement en faveur de la certification associative, d’un projet associatif affirmant le primat de l’engagement personnel et du bénévolat comme critère d’authenticité associative, d’un projet confessionnel organisant la coopération systématique tant au plan local que national entre évangéliques et réformés, les AFP ne pouvaient que soutenir le projet de transparence de la FPF. 
Qu’on en juge ! L’objet d‘une association familiale, la nature de ses membres sont définis par les articles L 211-1 et L  211-9 du code de la famille et de l’aide sociale. De ce fait, les AFP sont le seul mouvement protestant dont les effectifs, les noms et adresses, la composition familiale soient déclarés annuellement et vérifiés par un tiers relevant du service public : l’Union départementale des associations familiales du ressort. Cette procédure, qui vaut certification, n’a pas de prix puisque, s’agissant de représentativité, l’on ne se compte pas soi-même.  Qui plus est, depuis 1995, les AFP œuvrent à la mise en place d’un label associatif de certification (avec BVQI puis AFNOR) pour promouvoir une transparence et une gouvernance fondée sur la séparation des pouvoirs et intérêts entre contrôleur et contrôlé
 
Comme le prouve le désastre moral des agences de notation américaines, et contrairement à ce qu’en pensent le Comité de la charte et la Conférence Permanente des Coordinations Asso- ciatives (CPCA), l’on ne s’évalue pas soi-même. Cet effort pour promouvoir transparence, gouvernance et certification n’est pas sans lien avec la question déterminante pour la démocratie sociale française de la représentativité des partenaires sociaux telle qu’évoquée depuis 2000 par le Conseil d’État, la Cour des Comptes et plusieurs rapports parlementaires. Les difficultés actuelles du parti socialiste illustrent jusqu’à la caricature le coût moral et politique du manque de rigueur des arrangements électoraux discrets entre « pro ». 
 
Dans une situation caractérisée par la crise des finances publiques locales autant que nationales, la mise en œuvre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) et l’intérêt suscité par 
le Charity Act Britannique de 2006, une vérité s’impose à tous : après quarante  ans de tabous, la question associative est enfin posée en France. Riche d’associations, le protestantisme ne pouvait y échapper au moment où la perspective de création du Conseil national des évangéliques de France (CNEF) en 2010 éclaire d’un jour nouveau la question de l’exact équilibre des forces entre luthéro-réformés et évangéliques, des effectifs concordataires réels, de la part faite aux associations au sein de l’assemblée et du Conseil de la FPF. Parmi elles, la Cimade, dont le refus de certification et de publication sur son site des aides publiques reçues, des effectifs bénévoles, manque de justification morale et politique.
 
« Bouclier éthique » 
 
Est-il acceptable que les associations disposent au sein de la FPF de 24 % des voix pour 4 % des contributions financières, tout en refusant de publier leurs comptes ? Selon cet étrange régime cen- sitaire inversé, moins on paie, plus on vote ! On devrait à cet égard inventer un « bouclier éthique ». Enfin, pour définir un membre d’Église, l’étrange concept de « personne en lien », que la FFP envisage d’emprunter à l’ERF, n’est-il pas beaucoup trop proche de celui d’usager « consommateur de religieux  » hier encore si décrié ? 
 
Merci à messieurs de Clermont et Roque d’avoir permis à Réforme de poser ces problèmes. Les résultats des travaux qui s’engagent tant à la FPF qu’au CNEF devraient être disponibles en octobre 2010, permettant aux AFP de fonder enfin leurs relations avec les institutions protestantes sur des principes issus de la Réforme : engagement personnel, suffrage et sacerdoce universels, régime presbytéro-synodal et séparation des pouvoirs 
 
Pierre-Patrick  Kaltenbach 
président des Associations Familiales Protestantes