Imprimer

FPF ou CNEF, l'avenir du protestantisme-REFORME

Publié dans Articles - Protestants - Evangliques

Réforme, le 15 avril 2010 FPF ou CNEF, l'avenir du protestantisme.

Quelles relations avec le CNEF ?
Qui représentera le mieux les évangéliques ?
Qui concurrence qui ?

La FPF s’est attelée à ce débat lors de son assemblée générale.
 par Bernadette Sauvaget Ce n’est pas officiellement à l’ordre du jour. Pourtant, le débat court pendant les deux jours de l’assemblée générale de la Fédération protestante de France (FPF) qui s’est tenue, le week-end dernier, à Paris. Le futur Conseil national des évangéliques de France (CNEF), qui naîtra officiellement à la mi-juin, occupe les esprits et les discussions.

Dans les couloirs, à table, pendant les séances... Dès le samedi matin, le président Claude Baty lance le débat lors de son rapport d’orientation. D’entrée de jeu, Claude Baty place la question sur le terrain de l’avenir du protestantisme. « Alors qu’il ne représente guère plus de 2 % de la population française, le protestantisme est-il capable de gérer sa diversité ? », s’interroge-t-il.

Cette gestion est, selon lui, à la fois « difficile et indispensable ».
 « Ce n’est pas négociable » Claude Baty, arguant que la FPF rassemble au bas mot 200 000 évangéliques et qu’elle continue à attirer des Églises issues de cette mouvance, estime cependant que le « CNEF n’est pas un réel concurrent ». La question de fond ? Le CNEF peut-il assumer, lui aussi, une fonction de représentation ? Claude Baty fait état de la dernière réunion avec le CNEF au cours de laquelle la question a été abordée de front. La FPF a signifié qu’il ne lui paraissait pas souhaitable que le CNEF assume lui aussi une fonction de représentation.

« Cela donnerait une image brouillée du protestantisme. On nous a fait savoir que ce n’était pas négociable », a précisé Claude Baty. 
 La fonction de représentation apparaît, de fait, comme l’abcès de fixation. À plusieurs reprises, les délégués de l’assemblée générale exprimeront leur inquiétude sur ce point.

Mais comment les Églises évangéliques membres de la FPF se positionnent-elles ?
Vont-elles rejoindre ou non le CNEF ? Quel rôle peuvent-elles jouer dans l’une et l’autre instances ?
Le débat roule aussi sur ces questions importantes. Les délégués baptistes apparaissent comme les partisans les plus marqués du futur CNEF. Le théologien Louis Schweitzer argumente paisiblement mais fermement. Évoquant la future instance, il précise : « Ce n’est pas une nouveauté en soi, plaide-t-il. Les évangéliques ont déjà eu d’autres instances de représentation que la FPF. »

Il cite la Fédération des évangéliques de France (FEF) ou encore l’Alliance évangélique de France (AEF), les deux initiateurs du futur CNEF. Louis Schweitzer s’inquiète, par ailleurs, de l’usage aujourd’hui du terme « protestant ». Il redoute une sorte de hold-up de la part des luthéro-réformés qui, dans le cadre de leur union déjà réalisée en Alsace ou en cours pour la « France de l’intérieur », mettent en avant dans leur nouvelle appellation le terme de « protestant ». Le baptiste Michel Charles, président de l’AEF, enfonce le clou. Le CNEF ?

Indispensable, selon lui... « Prenant acte de la réalité selon laquelle, pour un grand nombre d’évangéliques, il est hors de question d’entrer à la FPF (peu importe la raison, le fait est là), on peut au contraire se réjouir de l’émergence d’un interlocuteur identifié et structuré », explique-t-il. Il argumente longuement sur une nécessaire et enrichissante double appartenance pour les évangéliques déjà présents à la FPF, espérant convaincre les uns et les autres de rejoindre le CNEF. L’enjeu est important. Car la présence et l’attachement des évangéliques à la FPF autant que son poids démographique sont le gage de sa représentativité. Traître ou otage ?
 Peu ou prou, ces Églises évangéliques sont désormais dans une position inconfortable.

« Nous nous sentons un peu comme des otages », explique Michel Pelletier, le délégué de l’Union des Églises chrétiennes évangéliques (UECE). Appartenant à la mouvance pentecôtiste, membre aussi des Assemblées de Dieu (ADD), l’UECE a décidé de ne pas rejoindre le CNEF, comme un peu plus de 15 % des ADD. « Nous avons eu le courage de le signifier », poursuit Michel Pelletier. « Le sujet devient douloureux », souligne le lieutenant-colonel Alain Duchêne, chef de territoire de l’Armée du Salut.
 Pour sa part, il réaffirme la position de sa congrégation : « Pendant des années, nous n’avons pas été reconnus par le monde évangélique à cause de notre position favorable au ministère féminin et de notre refus de la pratique des sacrements, poursuit-il. La question, pour nous, de l’identité est claire. C’est l’appartenance à la FPF. »
 Pragmatique, l’Union des associations protestantes en mission (UAPM, pentecôtiste) a, elle aussi, décidé de ne pas rejoindre le CNEF « Nous sommes peu nombreux et n’avons pas beaucoup de moyens, explique son délégué Angelo Pace.

Nous préférons être représentés par la FPF. » Le réformé Marcel Manoël, président du Conseil national de l’Église réformée de France (ERF), estime nécessaire de trouver des voies de dialogue pour que, justement, les évangéliques de la FPF ne se sentent ni traîtres, ni espions. Pour le moment, une petite poignée d’Églises présentes à la FPF ont décidé formellement de rejoindre le CNEF. La décision des baptistes et des libristes n’est pas encore prise. Selon un décompte d’Angelo Pace, la moitié des Églises évangéliques de la FPF ne devraient pas rejoindre le CNEF. Au final, l’assemblée générale de la FPF a précisé sa position dans une recommandation, longuement (et parfois âprement) discutée. Le principal objectif est d’éviter la division du protestantisme, le risque de « polarisation ».


La FPF s’affirme d’abord soucieuse de maintenir le contact avec le futur CNEF à qui elle adresse ses « fraternelles salutations ». Elle plaide pour la poursuite d’un dialogue régulier avec la future instance. À plus long terme, elle exprime le vœu que le CNEF ne soit en fait qu’une étape vers la « construction d’une unité à la fois plus profonde et plus large ». Mais la FPF réaffirme également son positionnement, celle de représenter « l’ensemble du protestantisme ». La feuille de route est claire, la fermeté dans la... fraternité ! L’assemblée générale change de... voix
 La FPF a revu ses statuts pour rééquilibrer les voix à l’assemblée générale. Elle tente, vaille que vaille, de compter ses troupes et de diversifier les contributions financières.

Sans éclats de voix, ni contestation, le changement des statuts et du règlement intérieur de la Fédération protestante de France (FPF) a été adopté, le point clé de cette assemblée générale. De quoi s’agit-il ? D’une modification très substantielle de la composition de l’assemblée générale de la FPF. Dans quel but ? Aboutir à un rééquilibrage au sein du premier collège, celui des Églises, plus en accord avec la démographie « réelle » et des contributeurs de la FPF. Le deuxième objectif est de rééquilibrer les contributions financières, en encourageant tout particulièrement les Églises récemment admises à augmenter leur participatiion. Un tiers du budget versé par l’ERF
 À la prochaine assemblée générale qui se tiendra en janvier 2011, il y aura 90 délégués d’Églises (une augmentation de 18 sièges), 26 pour les Églises luthéro-réformées alsaciennes, 33 pour les luthéro-réformés de l’EELF et de l’ERF et 31 pour les Églises évangéliques. Auparavant, la répartition était en faveur de ces dernières.

Elles totalisaient la moitié des délégués. Cette répartition était le fruit de l’histoire puisque chaque nouvelle admise se voyait attribuer automatiquement un délégué à l’assemblée générale. Une enquête a été menée auprès des membres pour établir un état des lieux. D’abord un constat, ce sont les luthéro-réformés qui financent très largement la FPF. Grosso modo, le budget de cette dernière avoisine, en 2010, 1,5 million d’euros, les deux tiers venant des contributions de ses membres. Les luthéro-réformés contribuent à hauteur d’environ 900 000 euros, la moitié pour la seule Église réformée de France (ERF). En la matière, la solidarité financière joue à plein puisque les luthéro-réformés ne pèsent démographiquement que pour les deux tiers. Combien de divisions, alors ?

Il est bien difficile de s’y retrouver tant le comptage varie d’une Église à l’autre, confessante ou professante. Par ailleurs, les chiffre sont ceux des Églises elles-mêmes. Les luthéro-réformés alsaciens affichent 250 000 fidèles (300 000 en 1959), l’ERF, 250 00 (400 000 en 1959).
 Globalement, la FPF, selon les estimations de Jean-Daniel Roque, son trésorier, se décomposerait en trois blocs à peu près équilibrés, les évangéliques membres de la FPF, rassemblés sous le terme « autres Églises », totalisant, eux, quelque 240 000 fidèles. Prudemment, chacun renvoie cependant au colloque qui se tiendra en novembre prochain pour dresser un état des lieux plus circonstancié. L’enjeu des chiffres pourrait être très politique à l’heure de la naissance très officielle du CNEF.
 B. S.