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AFP/IFOP ANNEXE I

Publié dans Dossier complet IFOP AFP 2012

 ANNEXE I 

LECONS DU SONDAGE F.P.F octobre 2010 `

Conséquence inattendue mais logique de la débauche sondagière si caractéristique de la vie politicienne française depuis trente ans : le doute et la défiance gagnent l’opinion : « Et si les sondages nous en disaient davantage sur les sondeurs que sur les sondés » ? De ce point de vue, le dernier sondage sur le protestantisme commandé à l’IFOP fin 2009 par la Fédération Protestante de France ( FPF) n’échappe pas à l’interrogation. 

MOTIVATIONS et OBJECTIFS DU SONDAGE 2010 DE LA FPF ? 

Pour tenter de deviner quels ont pu être les motivations et l’objectif d’un sondage il faut pouvoir répondre à une série de questions : 

 « QUI A VOULU LE SONDAGE ? ».

1 Quel organisme a commandé et payé les 28.000 euros du sondage ? : la Fédération Protestante de France ( FPF), Réforme, La Croix.

2 Date de la décision ? : Date du sondage mai juin 2010

3 Quels problèmes essentiels agitaient la FPF à la date du sondage ? La réforme de ses statuts (répartition des votes et des contributions et la création du CNEF.

 4 Quel objectif prioritaire poursuivait la FPF  entre 2009 et 2011 ? :« Représenter  tous les protestants sous la direction d’une église réformée majoritaire »,

5 Qui a  choisi les questions ?: Jean Paul Willaime et Sébastien Fath : » en concertation avec IFOP, FPF , Réforme.

6 Des questions qui sembleraient aller de soi ont elles été écartées ?

7 Qui a commenté les réponses ? :Jean Paul Willaime[1] et Sébastien Fath[2] 

8 Qui publie les résultats ? a) Dans la presse : Réforme . La Croix. b) Sous forme d’un livre collectif » »La nouvelle France Protestante »sous la direction de S. Fath et JP. Willaime ; Laboret Fides Octobre 2011.

9 Ces diverses fonctions ont-elles été assurées par les mêmes personnes liées par quel type de relations ? : Oui. Proches de la FPF.

 Pour tenter de deviner quels ont pu être les motivation et l’objectif d’un sondage il faut aussi pouvoir situer l’opération dans son déroulement chronologique ne serait-ce que pour confirmer le contexte idéologique et politique.

 Il faut répondre à une seconde question :

 « Dans que contexte et selon quel déroulement ? » : Enquête interne FPF. Reforme des statuts de la FPF. Sondage IFOP et Colloque. Publication du livre.

Enquête interne . En décembre 2007, pour la première fois depuis sa création en 1905, la F. P. F décide une enquête portant sur tous ses membres en demandant à chacun de contribuer à l’établissement d’un «  état des lieux »[3]. L’objectif affiché est de réformer la répartition des voix délibératives au sein de l’assemblée générale et la détermination de la contribution annuelle.

Pourquoi cette enquête ? La réponse permettra de répondre à la question « Pourquoi ce sondage »

Trois hypothèses

•Décembre 2007 marque la fin des deux mandats de J.A de Clermont à la tête de la FPF. Sous sa présidence, nombre d’écclésioles évangéliques ont été admises sans que les questions de vote et de contribution aient fait l’objet de tous les soins souhaitables.  A cette époque le bruit court même parmi les adversaires de cette ouverture que les évangéliques ne contribuent pas à hauteur de leurs droits de vote. Selon cette hypothèse l’enquête aurait pour but une simple remise en ordre. Au reste les organisateurs décident de «  pondérer » les effectifs des  « autres églises » qui passent de 104.000 à 241.000, ce qui porte le total des effectifs réprésentés par la FPF de 624.000 à 800.000.

• On peut aussi supposer que les équipes dirigeant la FPF depuis 40 ans repoussaient un exercice rendu périlleux par l’affaiblissement des trois principaux piliers  de l’institution: I) l’ERF qui, depuis le milieu des années 60, perd annuellement 1% de ses cotisants pour en venir à 40.000 ; II) le protestantisme concordataire en chute libre avec moins de 10% de pratiquants soit moins de 25 000 personnes ; III) enfin le monde associatif subventionné ( 30.000 salariés) aux prises avec les directives européennes et la crise des finances publiques. Selon cette seconde hypothèse, le manque de discipline et de solidarité financières aurait atteint le seuil en deçà duquel la FPF risquerait de voir contester sa vocation fondatrice (1905) de représentation du protestantisme.

•Cette seconde hypothèse est largement confortée par une troisième : la crainte de la concurrence d’une mouvance évangélique en plein réveil depuis 40 ans . L’année 2007 voit en effet création du CNEF équivalent de la FPF ( cf site  du CNEF): En 2007, le CNEF décide d’évoluer et jette les bases d’un projet de structure juridique officielle. Ce projet reprendrait à son compte la vision et les engagements de l’Alliance Evangélique et, parmi les missions de la Fédération Evangélique celles qui sont utiles à tous les protestants évangéliques ». cf ANNEXE

 Les commentaires acerbes qui vont suivre la publication du sondage ( CF ANNEXE J .C. Batty président de la FPF contre D. Liechti ).responsable de l’annuaire évangélique confirment cette hypothèse .

La réforme statutaire des droits de vote et contributions explicite les motivations de l’enquête et du sondage : conforter la prééminence des lutheros reformés.

 REPARTITION DES SIEGES

à l’assemblée de la FPF

avant et après la réforme statutaire de 2010-2011.

 

 Le nombre total passe de 96 à 120

115 « élus » et  5 cooptés

Les critères de répartition utilisés  aggravent le paradoxe d'une opération vouée à la fragilité: répartir  des droits et devoirs sans définir ni compter les intéressés. 

• 90 Entre églises seules•

CRITERES DE REPARTITION

 

1) La démographie déclarée par les églises      35 sièges.

2) Leur contribution financière :                       35 sièges.

3 ) La « solidarité » :                                           20 sièges.

 

                En 2006                                                                                          En 2011 AUTRES            :  51,3 %  . 37 sièges                                                    30% .    27 sièges= -10

ERF                    :  27,8%   . 20 sièges                                                   38,9 %. 35 sièges= +15

CONCORDAT  :  20,8%   . 15 sièges                                                     31,1%. 28 sièges= +13

 

• 25 Les" ASSOC " 

                En 2006                                                                                        En 2011  

          25%  .......      24 sièges                                                             20%  ......... 25 sièges.  

               4,4% du budget                                                                         8% du budget en 2013

TOTAL ASSEMBLEE :96 sièges      

 

                                 TOTAL ASSEMBLEE :115

 

•RESULTAT DE LA REFORME sur 115 membres•

 

                                                                 ERF :             :   27

                                                Associations  réformées : 25

TOTAL REFORMES :         52 sur 115

 

                                                Concordataires :             28 

                                                Autres églises :                27

 TOTAL « Majoritaires » luthero reformés : 80 sièges : 70%

 ( NB dont les réformés avec les associations  : 52 sièges : 45 %)

TOTAL   Evangéliques  : 27 sièges : 24 %

 L’enquête comme le sondage diligentés par la FPF avaient donc bien un objectif ecclésial et institutionnel précis :

• Prouver que les dirigeants luthéros -réformés sont fondés à détenir la majorité des voix de l’assemblée parce qu’ils réunissent les deux tiers du protestantisme. ; qu’au sein de ce groupe, les réformés de l’Intérieur sont largement majoritaires grâce à l’apport de voix d’associations qui n’ont souvent plus d’associatif que le statut de la loi de 1901.

•Prouver que l’ERF, au travers de la FPF, est donc fondée à vouloir représenter tous les protestants auprès des pouvoirs publics et autres décideurs et partenaires publics.

 Autres indices ? Les déclarations des responsables du sondage.

Dans le journal Réforme du 18 novembre 2010, JP Willaime et Sébastien Fath qui ont élaboré les questions du sondage ( coût 28 000.euros) commentent les résultats publiés par Réforme et la Croix. Ces commentaires éclairent l’objectif des décideurs du sondage.

  1. 1)« La majorité du protestantisme français reste à dominante luthéro réformée.

Sébastien Fath va plus loin ( Réforme Page 4).

« Si l’on se fie à ces données, le scenario d’une FPF marginalisée par un pôle évangélique s’effondre .

 

2) Le colloque a lieu les 18 //20 novembre 2010.

Les actes sont publiés chez Labor et Fides sous la signature de MM Fath et Willaime en octobre 2011. (483 pages. 22 rédacteurs.37 euros). Affirmation tirée de la page de couverture de l’ouvrage « La nouvelle France protestante » par Sébastien Fath et Jean Paul Willaime publié en octobre 2011.

« Les héritiers de la Réforme progressent selon une logique inattendue. Désormais un tiers des protestants français sont évangéliques alors que 60% d’entre eux restent ancré dans une tradition luthéro réformée ».

 3) Dans Réforme du 26 Janvier 2012 S. Fath évolue « : Comment chiffrer le courant évangélique actuel ? »

<Les protestants évangéliques aujourd’hui, ce sont 600 000 pratiquants (dont 480 000 pratiquants réguliers), et 100 000 non pratiquants. Ces derniers existent, c’est un des grands enseignements de l’enquête Ifop 2010. Ils représentent un tiers du protestantisme français, mais les trois quarts des pratiquants réguliers. Ce sont aussi 2 400 lieux de culte (60 % du total :protestant). Le CNEF rassemble grosso modo trois évangéliques sur quatre, dont certains font aussi partie de la Fédération protestante de France.! Par ailleurs, selon les données Ifop, quatre évangéliques sur cinq lisent la Bible au moins une fois par semaine, contre moins d’un lutherien ou réformé sur cinq. En la matière, les plus protestants ne sont peut-être pas ceux que l’on croit !>>

 4) Enfin dans Réforme du 2 février J.P.Willaime accepte l’hypothèse d’une concurrence entre FPF et CNEF sr le terrain local et concret des relations avec les préfets .

<Le fait que le CNEF développe son maillage départemental avec les préfets et le ministère de l’Intérieur ne mène- t- il pas de fait à une représentation à deux pôles du protestantisme auprés des pouvoirs publics ? Or c’est une des missions. traditionnelles de la FPF ? ».

 NDLR. Sous l’apparente banalité des mots, deux réalités bien françaises se cachent. Tout d‘abord il n’y a de protestantisme que d’église locale. En second lieu , pour tous les partenaires sociaux, l’enjeu de la représentativité est l’accés aux pouvoirs publics et aux aides publiques.

Ces commentaires contredisent les résultats du sondage.! En toutes objectivité et rigueur universitaires et scientifiques (sic).

Le sondage révèle un gouffre entre « PRATIQUER » et « SE DECLARER » protestant .Si l’on tient compte de cette réalité, les évangéliques représentent 75 % du protestantisme actif. Pour masquer cette tragique révélation, S. Fath invente la théorie de cinq cercles qui permet le double tour de force de réduire les évangéliques de 75% à 28% en augmentant les réformés luthériens de 25 % à 72%.  

 

 

•Premier cercle: 600.000 protestants  « réguliers » vont au culte au moins une fois par mois :

Evangéliques 460.000 (75%) 140.000 « réformés luthériens »(25%).

 •Second cercle : 1 millions de protestants réguliers et de protestants occasionnels ( vont au culte au moins une fois par an) 

Evangéliques 600.000  ( 60%) 400.000 « réformés et luthérien » (40%.)

•Troisième cercle, 1,5 million de protestants quelle que soit leur pratique cultuelle.

Evangéliques 700.000 (46%) «  réformés et luthériens « 800.000( 54%)

•Quatrième cercle : 2 millions de protestants par conviction ou par culture

Evangéliques 750 000 (37%) « réformés luthériens 1 250 000 (63%) .

 •Cinquième cercle :2 600 000 protestants ou« proches du protestantisme ». Evangéliques : 750 000 (28 %) réformés luthériens 1 850 000 (72%)

 

 

Tout le monde est content.

Les protestants « se déclarent » .

Les évangéliques « pratiquent ».

Les lutheros réformés « représentent ».

Les mauvais esprits posent des questions de représentativité et de transparence   et commandent des sondages concentrés sur les seuls « pratiquants ».Pis encore, ils soulèvent la question du financement comparé des lieux de culte protestants et musulmans


[1] Jean-Paul Willaime, est directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE, section des sciences religieuses), titulaire depuis 1992 de la direction d’études « Histoire et sociologie des protestantismes » à la Sorbonne. Il est également directeur de l’Institut européen en sciences des religions (EPHE, Paris). Membre du Groupe Société, Religions, Laïcités (GSRL) et, depuis 2007, Président de la Société internationale de sociologie des religions, il est, entre autres, spécialisé en protestantisme contemporain, Œcuménismes chrétiens ; Laïcités et religions ; Théories et méthodes en sociologie des religions1,2 Président du Conseil ‘Administration de Réforme.

[2] Sébastien Fath Formé à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud (lettres et sciences humaines) (LSE), agrégé d'histoire en 1992, il a soutenu un doctorat "Histoire des religions et des systèmes de pensée" en 1998 (EPHE, sous la direction de Jean-Paul Willaime). Il est chercheur au CNRS depuis 1999, membre du laboratoire « groupe Sociétés, Religions, Laïcités » (GSRL).

[3] Jean Daniel Roque agrégé d’histoire Trésorier de la FPF. Dans  « La nouvelle France protestante ». Labor et Fides . Octobre 2011