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Maires en colère par Franck Meyer

Publié dans DOSSIER FAMILLE

Les AFP soutiennent les actions du collectif "Maires pour l'enfance"

Maires en colère.

Peut-on imaginer changer le code du travail sans consulter auparavant les partenaires sociaux ? Peut-on imaginer modifier le serment d’Hippocrate sans demander l’avis des médecins ? Peut-on imaginer refonder l’école sans engager une large concertation en y associant les familles, les élus et les enseignants ? Non ! D’évidence, non ! Et pourtant, le gouvernement imagine modifier le code civil sans même prendre l’avis des officiers d’Etat Civil !

Les Maires, les adjoints aux maires, que tout pouvoir politique, de gauche ou de droite, sait trouver lorsqu’il faut rejoindre, au plus près de leurs préoccupations, nos concitoyens, pour mettre en œuvre les solidarités de proximité ou encore représenter l’Etat dans nombre de ses missions régaliennes … les maires, donc, sont aujourd’hui singulièrement tenus à l’écart. Après avoir été sollicités pour des « états généraux de la démocratie territoriale » durant quatre mois, après avoir été, pour certains d’entre eux, invités au Sénat afin de penser la « démocratie participative », les maires découvrent avec effarement l’incroyable silence de la « démocratie partici-passive ». Celle qui nous explique à grand renfort de prises de paroles ministérielles que « les maires feront ce que la loi leur dira de faire » ! Les bons petits soldats !

Seulement voilà, « les bons petits soldats » ont une haute opinion de leur engagement républicain. Eux aussi sont les élus du peuple et quand le peuple est inquiet : ils le disent. C’est sans doute pour cela que leur popularité est si marquée[1]. Alors, puisque le gouvernement n’a pas daigné s’adresser à leurs associations, puisque le gouvernement n’a pas souhaité les associer à ses travaux, annonçant sans concertation un « mariage pour tous » (poids des mots, choc des idéaux !), alors les officiers d’Etat Civil prennent la parole avant qu’on ne la leur donne pas !

Le collectif des « maires pour l’enfance » demande au gouvernement d’adopter une méthode qui permette une large consultation préalable sur le contenu et la portée d’une telle réforme qui concerne l’ensemble de la société, et non une catégorie de personnes. Le collectif des maires pour l’enfance demande que soient organisés des « états généraux sur la famille, le mariage et la filiation ». Il estime que la présentation du projet de loi par le gouvernement exige de sa part une parfaite transparence sur les enjeux pour tous, dont le principal est le maintien ou non de la distinction des sexes dans la filiation. L’intention de modifier à terme l’état civil (par voie législative ou réglementaire) doit être clairement exposée, dans la mesure où un tel changement est susceptible d’affecter l’identité de chacun.

 Le collectif des « maires pour l’enfance » s’insurge contre une utilisation détournée du sens des mots : le mariage est bien l’union d’un homme et d’une femme et la distinction des sexes dans le mariage est, faut-il le rappeler, conforme à la Constitution[2]. Le collectif invite le gouvernement, en particulier Madame la Garde des Sceaux, à plus de mesure dans les formulations qu’elle retient. « Le mariage pour tous » ne sera jamais « pour tous », car l’accès au mariage comportera toujours – et c’est heureux ! - des conditions et des limites. Les libertés sémantiques que certains s’autorisent actuellement s’apparentent étrangement à ce qui fondait le « novlangue » dans le roman « 1984 » de l’écrivain George Orwell, le flou des concepts cachant mal l’imprécision des idées et permettant toutes les manipulations rhétoriques !

Le collectif des « maires pour l’enfance » en appelle aujourd’hui à la raison. L’accélération du calendrier parlementaire et la volonté affichée du gouvernement de vouloir « aller vite », est incompatible avec le sérieux et la responsabilité que requiert la préparation des décisions qui pourraient être prises. Et c’est un non sens que de dire que le débat a été tranché le 6 mai dernier. Si je lis les sondages : deux français sur trois souhaitent être consultés par référendum et nos concitoyens sont désormais majoritairement opposés à l’adoption. Parmi eux, des millions d’électeurs de notre Président de la République ! Nombreux sont ceux également qui ont voté François Hollande car ils étaient sensibles à sa volonté de rétablir un vrai dialogue social dans notre pays. C’est sur cet engagement que je m’appuie aujourd’hui, avec les nombreux maires de gauche et de droite que j’appelle à nous rejoindre, pour demander un vrai débat. Le changement ne saurait se faire au dépend des enfants !

 Franck Meyer

Maire de Sotteville-sous-le-Val

L’un des portes paroles du collectif des « maires pour l’enfance », fondé en 2005.

www.mairespourlenfance.fr


[1] 68 % des français font confiance aux maires contre 38% aux parlementaires. Sondage IFOP, juillet 2012.

[2] Décision du Conseil Constitutionnel du 28 janvier 2011.