Imprimer

Colloque de Fontevraud intervention du président de Famille Je t'Aime JJ LANGLOIS

Publié dans Fontevraud 2012

Colloque AFP - Fontevraud 2012

 

Intervention de Jean-Jacques Langlois

Président de Famille Je t’Aime

 

Parentalité

 

1)    Introduction

Je suis président de l’Association Familiale Protestante « Famille Je t’Aime » (FJA dans la suite) depuis bientôt 10 ans, et ce dans mes heures creuses.

Car le reste du temps, dans mes heures bien pleines, je suis cadre dirigeant dans un grand groupe industriel européen, dans le domaine de la qualité.

Je rebondis sur ce que partageait François Moutot hier au sujet de la difficulté d’Airbus à sortir ses avions à la bonne cadence à cause de la pénurie de câbleurs résultant d’un manque de vision dans la formation professionnelle des jeunes. Dans mes fonctions j’ai visité des usines d’assemblage d’avions de combat en Allemagne et en Espagne, et je peux vous dire que c’est impressionnant quand on voit la complexité des assemblages, la densité des câblages, la minutie nécessaire qui n’autorise aucune erreur sinon c’est le crash de l’avion. Effectivement le travail des câbleurs est très critique, et j’aimerais bien que les cadres et ingénieurs réalisant des projets d’ingénierie puissent avoir la même minutie dans la recherche de la qualité du travail. Je comprends François Moutot quand il dit que la formation d’un câbleur devrait être aussi longue qu’un ingénieur. Je ferme la parenthèse !

Pour parler de la parentalité, il y a certainement des personnes plus compétentes et expérimentées que moi dans cette assemblée. Je me sens comme une goutte d’eau dans tout cet océan de personnes qui travaillent à la parentalité, FJA n’est qu’un maillon dans ce réseau.

Ma présentation va être volontairement simplifiée, voire simpliste et schématique, donc très réductrice. Ne soyez donc pas surpris :

  • Elle va paraitre « binaire », « black & white » ou caricaturale
  • Elle va peut-être irriter les spécialistes, sociologues, historiens…

Je peux vous assurer que j’ai bien conscience des réalités et des situations de souffrance morale, affective ou psychologique pour apporter les nuances nécessaires aux « frontières » du réel et du « moral ». Le premier devoir de FJA est d’être à l’écoute des souffrances d’autrui pour apporter un accompagnement à l’aune de la grâce de l’évangile. Et les solutions à mettre en œuvre ne peuvent pas être schématiques quand nous sommes face à des « cas de conscience ».

2)    Notre parentalité

Avant de continuer, il me parait intéressant de vous partager brièvement notre propre expérience de la parentalité.

Nous avons grandi, mon épouse Sylvie et moi-même, dans des milieux chrétiens. Nous nous sommes mariés très jeunes – sans préparation particulière : la seule préparation concrète venait des schémas familiaux que nous voulions adapter au mieux à notre couple.

Nous avons quatre enfants – tous largement adultes maintenant. Nous avions essayé de faire face au mieux à nos devoirs de parents :

  • Assurer la nourriture, le vêtement, le logement, la santé, la sécurité physique et psychique
  • Dans un climat d’amour familial
  • Désirant transmettre nos valeurs morales et spirituelles.

Nous avons fait le constat que nous ne réussissions pas bien, non pas que nos enfants étaient difficiles, mais parce que notre couple ne fonctionnait pas bien.

Ainsi après 20 ans de mariage, nous avons commencé à travailler sur nous-même, sur notre personne, sur notre couple, sur notre relation aux enfants avec les camps-familles FJA – et nous avons pris conscience des lacunes du développement de nos personnalités et leurs conséquences sur notre relation et nos enfants.

Qu’en est-il après plus de 40 ans de mariage ?

  • Nous n’avons pas tout réussi comme nous le désirions – loin s’en faut
  • Nous avons surtout bénéficié de la grâce de Dieu dans notre vie et celle de nos enfants
  • Nous ne sommes pas des modèles, malgré les apparences
  • Nous sommes toujours en chemin et nous persévérons !

Mais nous sommes convaincus qu’il faut avoir des outils pour accompagner les parents et les aider à exercer leur parentalité, avec un travail au niveau des parents, au niveau des enfants, au niveau des familles – dans une approche globale, voire systémique, alliant spiritualité et psychologie.

3)    Le processus du cycle de vie

Je souhaite maintenant dresser le contexte dans lequel s’inscrit la parentalité, en vous présentant les 3 phases principales du cycle de vie de l’être humain sur la terre :

  • 1ère phase : le développement embryonnaire/fœtal qui aboutit à la naissance
  • 2ème phase : le développement physique/physiologique pendant l’enfance et l’adolescence qui aboutit au passage à l’âge adulte (variable selon les sociétés)
  • 3ème phase : le développement personnel - on parle volontiers de l’épanouissement – qui aboutit à la fin du cycle terrestre, à l’état de mort physique du corps. Mais est-ce vraiment la fin pour autant ? Pour les chrétiens ayant placé leur foi et leur espérance en Dieu c’est le passage à la vie éternelle, et c’est la mort pour les autres.

C’est dans cette 3ème phase que s’inscrivent le renouvellement de la vie, la création de nouveaux cycles de vie, et donc la parentalité :

  • Mariage et construction du « nid familial », exercice de la parentalité en tant que parents, puis l’art d’être grands-parents (ou plus) : les parents restent toujours parents toute leur vie, même quand les enfants sont grands et se sont « envolés »
  • Puis-je proposer que les personnes qui restent sans enfants puissent entrer dans un rôle de « parent universel » et donc contribuer aussi à la parentalité ? C’est très dur de vivre des situations non choisies de célibat ou d’infécondité, et nous devons aussi accueillir ces personnes dans nos familles et communautés.

Il est important de rappeler que le cycle de vie démarre par la conception, fruit de l’accouplement d’un homme et d’une femme dans les conditions naturelles voulues par le Créateur, homme et femme qui deviennent de fait père et mère de la nouvelle vie qu’ils ont créée au sein de leur union. La personne commence à exister et vivre dès sa conception, puisque Dieu la « tisse » dans le sein de sa mère ![1]

Nous observons que la société « s’attaque » à ce cycle de vie naturel. Elle montre par là son incohérence et son égocentrisme :

  • Elle développe l’écologie et les principes de précaution pour préserver l’ordre naturel, la biodiversité végétale et animale, les ressources naturelles, la couche d’ozone, l’équilibre planétaire
  • Mais elle n’applique pas ces principes écologiques de conservation et de précaution au cycle de vie de la personne, elle veut « instrumentaliser » le cycle de vie au mépris de l’ordre naturel dessiné par le Créateur – et ce du début à la fin : manipulations génétiques pour l’aide à la procréation, opérations chirurgicales pour les changements d’identité ou de genre, jeunisme et euthanasie…[2]

4)    Les évolutions de la société occidentale

Pour faire simple, je vais distinguer 2 périodes : la 2ème moitié du 20ème siècle et la 1ère moitié du 21ème siècle.

Dans cette 2ème moitié du 20ème siècle, la libération sexuelle – principalement hétérosexuelle – s’est généralisée dans le monde occidental, avec un grand coup d’accélérateur dans les années 60 :

  • La conséquence a été la destruction des mariages, la banalisation des divorces, le « sacrifice » des enfants sur l’autel de la satisfaction et de la jouissance personnelle – application pervertie de l’épanouissement personnel
  • Autre conséquence sur les jeunes : le refus de l’engagement et le non mariage pour garder cette « maîtrise de soi » - « mon corps m’appartient, je fais ce que je veux avec »
  • En corollaire, l’explosion du modèle familial traditionnel, avec les familles monoparentales et les familles recomposées ; avec le cortège des dégâts sociaux et l’institution de mesures sociales, médicales et fiscales de compensation qui ont un coût astronomique pour la société[3] – dans une espèce de fuite en avant malgré les évidences de l’impasse où tout ça nous conduit
  • Car les enfants souffrent énormément de ces situations toute leur vie.
  1. oCeux qui en prennent conscience et qui osent affronter la réalité essaient de « » le tir en travaillant sur eux-mêmes, leur résilience leur donnant une sensibilité et des aptitudes à aider les autres.
  2. oCeux qui n’en prennent pas conscience, ou qui restent dans le déni, « » les mêmes schémas et perpétuent ainsi le cycle infernal sans s’en rendre compte.
  3. oJe me souviens d’un homme de 50-60 ans dans un groupe de parole qui avait été traumatisé par le divorce de ses parents, qui en souffrait encore dans sa personne et cherchait des solutions de soulagement…
  4. oLa société nous a menti en nous faisant croire à l’époque que les divorces bien gérés n’avaient pas d’impact sur les enfants, qu’ils pouvaient même être bénéfiques à leur développement. Aujourd’hui – une génération après – force est de constater que c’était!

Aujourd’hui dans cette 1ère moitié du 21ème siècle, nous assistons à la généralisation de la liberté homosexuelle avec des conséquences graves à venir :

  • C’est une nouvelle étape dans le développement de la satisfaction et de la jouissance personnelle, c’est une nouvelle étape « anti-écologique » défiant l’ordre naturel
  • Avec pour conséquence logique – et ironie de l’histoire – la revendication et la remise au goût du jour du mariage dans sa version homosexuelle, cette « alliance » délaissée par les couples hétérosexuels
  • Avec pour conséquence logique la mise en place d’un nouveau cycle de vie « artificiel », nécessitant des manipulations génétiques pour créer un nouveau modèle familial homoparental, poussant un peu plus loin le jeu à « l’apprenti sorcier » de la société, l’homme se prenant pour Dieu et prenant sa place
  • Lorsque je me projette dans l’avenir : que deviendront ces enfants des couples homoparentaux ? La société va nous mentir comme il y a 50 ans pour nous convaincre que les enfants se développeront normalement – peut-être même mieux que dans certains couples hétérosexuels[4] – avant de convenir, une génération sacrifiée plus tard, que c’était faux.

5)    Les enjeux de l’enfant

La clé de la parentalité, c’est avant tout le regard qu’on porte sur l’enfant qui sous-tend nos attitudes et nos comportements[5] :

  • Comprendre que l’enfant ne nous appartient pas : il nous est confié par Dieu dans le processus créatif continu de la Vie, comme une bénédiction
  • Voir l’enfant comme une personne dès sa conception : même si nous ne pouvons pas communiquer avec l’enfant comme avec un adulte, nous devons le respecter comme une personne à part entière avec une exigence supplémentaire de protection et de développement, et lui demander pardon le cas échéant
  • Comprendre que l’enfant est unique avec sa personnalité propre, comme chacun de nous, et qu’il faut nous adapter à son unicité dans un dialogue permanent
  • Comprendre son besoin d’amour inconditionnel, de croissance dans un climat sécurisé et cohérent
  • Comprendre que nous avons un devoir de vérité envers chaque enfant sur sa filiation pour qu’il construise sa vraie identité : qui est son père, qui est sa mère, quelle est son histoire (en cas d’adoption par exemple)
  • Surtout ne pas lui faire porter le poids de nos responsabilités, de nos rêves ou de nos fautes, avec des paroles destructrices ou des attentes irréalistes
  • Surtout ne pas vouloir posséder l’enfant comme un objet qu’on peut acheter, essayer, manipuler, laisser de côté, revendre ou jeter à la poubelle en cas de changement d’avis ou d’insatisfaction, autant de sources de déviations et d’abus possibles.

6)    Les outils de la parentalité

Beaucoup d’associations chrétiennes travaillent dans le domaine de la parentalité : comment aider les parents à créer le nid familial pour que l’enfant se développe au mieux et à accompagner ce développement ?

FJA a été créée à la fin des années 80 du constat que les familles chrétiennes avaient besoin d’aide et que les églises n’étaient pas bien équipées pour le faire – dans la même période que « Mission Vie et Famille » (MVF) en France qui s’intéresse maintenant à rejoindre les AFP, ou Cana de la Communauté du Chemin Neuf chez nos amis catholiques.

Au début il s’agissait d’aider les familles chrétiennes selon le modèle traditionnel, mais au fil des années FJA s’est adaptée pour aider les familles selon les nouveaux modèles monoparentaux et recomposés qui rejoignent nos églises.

Le travail se fait à 2 niveaux : prévenir et guérir

  • En général il faut commencer par soigner et guérir avant de prévenir
  • En l’occurrence, guérir les parents et les couples dont les blessures invisibles ont souvent leur origine dans l’enfance et qui continuent de se blesser adultes, guérir les enfants blessés par leurs parents ou d’autres adultes
  • Puis prévenir en formant les parents pour mieux accompagner leurs enfants, en formant les adolescents, les fiancés, les jeunes couples avant qu’ils deviennent parents. Je salue ici la vision de notre nouveau Directeur Pierre Ketterer qui souhaite développer cette prévention auprès des jeunes.

Les principaux outils que nous avons développés à FJA (http://www.famillejetaime.com), au-delà des accompagnements directs des personnes et familles en difficulté :

  • Des camps-familles pour apprendre à vivre autrement en famille
  • Des week-ends parents, pères-fils, mères-filles
  • Des séminaires de développement personnel dans une perspective chrétienne/évangélique
  • Des informations dans les églises, œuvres chrétiennes ou dans les milieux séculiers sensibles au sujet
  • Des formations – en partie qualifiante – de personnes ressources dans les églises pour démultiplier l’accompagnement.

Je tiens à vous préciser que FJA ne reçoit aucune subvention de l’état, que son financement est assuré par des membres et amis donateurs privés et que son action est soutenue par un réseau de quelques centaines de bénévoles. J’ai bien compris l’appel de Pierre-Patrick Kaltenbach à donner l’exemple dans la certification de notre transparence avec l’association Gouvernance & Certification.

7)    Conclusion

Le vrai travail de la parentalité se fait localement, là où sont les besoins, dans le réseau des églises, des associations, des AFP. Je répète, FJA est une petite goutte parmi d’autres !

          En conclusion, je dis que la parentalité est en grand danger, et je prédis que nous allons voir arriver des situations de plus en plus complexes et des personnes de plus en plus blessées.

Dans les prochaines années, selon les évolutions politiques engagées, nous recevrons les blessés et les déçus des familles homoparentales. Nous ne sommes pas de trop pour nous opposer à cette digue qui se rompt, à ce raz de marée qui s’annonce : nous devons envisager de collaborer avec toutes les œuvres chrétiennes, je pense en particulier à nos amis catholiques plus nombreux que nous, et certainement à très court terme compte-tenu du calendrier politique en France.

Nous avons vraiment besoin de la mobilisation de toute l’Eglise, de toutes les églises et œuvres, pour se préparer à soigner et accompagner tous les enfants et parents blessés par ces bouleversements à venir, pour faire œuvre « d’évangélisation des profondeurs », selon l’expression de Simone Pacot, c’est-à-dire apporter Christ et la Bonne Nouvelle au plus profond des cœurs de chacun.

                                       Jean-Jacques Langlois