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Témoignage d'espérance d'une femme de foi

Publié dans Revue de Presse

« Dieu nous donne la joie de vivre le miracle…

Comme la joie de triompher de l’épreuve en la supportant… »

             ou le témoignage d’espérance d’une femme de foi

Entretien paru dans les "Documents Expériences" N°180, 3e trimestre 2015 - Centre Missionnaire Evangélique de Bretagne  - Carhaix.

Françoise Caron est la Présidente de la Fédération Nationale des Associations Familiales Protestantes et l’épouse du pasteur Christian Caron, Président de la FEPEF (Fédération des Eglises du Plein Evangile en France).

Chrétienne évangélique aux multiples engagements marqués par sa foi rayonnante, son dynamisme communicatif, et un remarquable courage dans l’adversité, elle a très fraternellement accepté de retracer pour les «Documents Expériences» le chemin de sa vie au service du Christ, et de ses «prochains»: un témoignage vrai et semé d’une lumière d’Espérance…

«J’avais 5 ans quand j’ai assisté pour la première fois à une réunion d’évangélisation, avec mes parents, qui étaient désespérés: après de longs examens, qui venaient d’être pratiqués, les médecins avaient détecté chez moi un problème visuel. Le Pr. Corsel à Bordeaux avait convoqué mes parents pour leur dire que le nerf optique de mon œil gauche était atrophié de naissance, et que l’œil droit était atteint d’une maladie dont on ne savait trop quel était le diagnostic: la tuberculose des yeux ou une forme de cancer…? Mais l’espoir de conserver la vue était très réduit…

Nous habitions en Charente-Maritime, et une de mes tantes a parlé d’une mission «Salut et guérison» qui se tenait à Rochefort-sur-Mer, leur disant: «Si vous ne voulez pas vous approcher de Dieu pour vous-mêmes, faites-le au moins pour Françoise!»

Ils m’y ont amenée, afin que l’on prie pour moi avec imposition des mains, comme un ultime recours, un ultime espoir…

Je n’ai pas compris grand-chose à cette réunion, sinon que mes parents étaient pleins d’espérance, et qu’à partir de ce moment-là, j’ai vu ma famille être transformée: mon père a été guéri d’un ulcère à l’estomac, ma mère d’une dépression…

«… Et moi, je me débattais avec mon handicap…»

J’ai donc ensuite commencé à grandir sur les bancs de l’église, dans une vie où Dieu était présent, où j’avais bien conscience de son existence… Mais où je me débattais, moi, avec mon handicap.

Et avec les années, j’avais de plus en plus de mal à comprendre pourquoi je voyais tant de gens transformés par l’Evangile, témoignant des interventions concrètes de Dieu dans leur vie, alors que je végétais comme une gamine porteuse de handicap, avec son cortège de difficultés, de chutes, de moqueries, de «mise en quarantaine» de la part des camarades…

Un chemin un peu difficile qui, au moment de la pré-adolescence, a suscité en moi une forte rébellion; dont le seul point positif était que je continuais à parler à Dieu, car j’étais convaincue de son existence. Mais c’était souvent des paroles d’incompréhension, des invectives même! Je lui disais ma révolte, mon impression d’abandon.

L’adolescence a donc été assez tumultueuse… Jusqu’à ce que, à l’âge de 16 ans, mes parents m’inscrivent pour un camp de jeunes chrétiens. J’en étais au départ extrêmement mécontente, me disant que non seulement je subissais la vie d’église tout au long de l’année, mais que là en plus j’allais devoir passer quatre semaines de vacances à écouter des prédications…

Là-bas, j’ai trouvé de nombreux jeunes, enfants de chrétiens, de pasteurs, d’anciens, de responsables, qui étaient un peu dans le même état d’esprit, ce qui donnait une «joyeuse ambiance» de révolte, qui m’a plutôt satisfaite au départ: nous étions davantage de connivence pour faire exploser les règles que pour écouter l’Evangile, et les pasteurs et responsables passaient leur temps à nous courir après pour essayer de mettre fin à nos transgressions d’adolescents…

«Toute révolte a disparu…»

Puis, après une semaine de ces «courses poursuites», il y a eu un rendez-vous divin pour un grand nombre d’entre nous: sous le chapiteau où nous chahutions un peu, le pasteur a prêché sur la parole biblique: «Tout genou fléchira…», nous expliquant que nous étions peut-être rebelles, nous moquant aujourd’hui de Dieu, ne comprenant pas son amour, mais qu’un jour nous serions contraints de «fléchir le genou» devant lui, n’ayant alors qu’une vie «brûlée, grillée comme un mégot» à lui offrir, et que ce serait extrêmement triste et douloureux pour nous…

Et là, soudain, la vague de l’Esprit Saint, je le crois, nous a submergés. Je me souviens d’être tombée à genoux et d’avoir eu cette sensation d’un grand manteau qui me couvrait les épaules, d’un murmure qui me disait que Dieu m’aimait… Ce jour-là, j’ai rencontré Dieu personnellement. Cela a totalement changé ma vie. Toute révolte a disparu. Et si des «pourquoi» demeuraient, il y avait cette réponse: «Je t’aime et je suis avec toi, ne crains pas!». J’ai posé un autre regard sur tout ce qui m’entourait. J’ai demandé pardon à mes parents pour ma révolte, me suis préparée au baptême, puis ai été baptisée. Et j’ai vraiment choisi de construire ma vie pour être agréable à Dieu et le servir.

Mon père était ancien dans l’église. Plus tard, il a été pasteur à Pontoise où Christian, mon mari, lui a succédé il y a 25 ans.

Les fondations d’un foyer solide…

La deuxième grande étape de ma vie a été mon mariage avec Christian, qui est président de la FEPEF (Fédération des Eglises du Plein Evangile en France) et secrétaire du Conseil du CNEF. Il a toujours conservé son métier – de menuisier à l’origine – tout en étant pasteur, et il est aujourd’hui directeur général d’un Parc d’exposition…

Après ma conversion, voulant vraiment construire sur des bases solides, ma crainte était de ne pas trouver celui avec lequel je pourrais «faire famille» selon les principes bibliques.

Puis j’ai rencontré Christian Caron. J’avais 18 ans, lui 20 quand nous nous sommes mariés, en 1975. Le texte qui figurait sur notre faire-part de mariage – «Moi et ma maison nous servirons l’Eternel» – était réellement celui de notre engagement commun: non seulement fonder un foyer, une famille, mais servir Dieu ensemble, et que notre foyer au sens large du terme puisse être un lieu d’accueil et de transmission de la foi. Cela a déterminé ensuite notre façon de vivre et notre engagement.

Nous nous étions rencontrés sur notre lieu de travail. Ce jeune homme m’avait tout de suite demandé si j'étais chrétienne. J’avais bien sûr répondu oui, et pour moi «chrétien» signifiait «chrétien évangélique», alors que pour lui c’était «catholique»… Et quand il m’a invitée à une réunion de jeunesse, j’ai eu la surprise d’atterrir dans une église catholique!

Nous avons parlé de notre foi et de nos conceptions de la vie chrétienne… Je découvrais quelqu’un qui avait une morale et des principes de vie solidement ancrés, quasiment plus marqués que les miens, et que j’admirais; mais lui découvrait quelqu’un qui vivait une relation intime avec Jésus. Il a renforcé ma foi, et je lui ai fait découvrir cette proximité que l’on pouvait avoir avec Dieu en Jésus-Christ, mais aussi une lecture des Ecritures, qui l’a aidé à se débarrasser de liens qui l’empêchaient de grandir dans la foi. Il s’est fait baptiser, et nous avons donc continué ensemble dans le chemin de la foi en nous engageant dans les milieux évangéliques.

«Famille d’accueil», depuis 40 ans, pour des enfants en souffrance…

Nous avons 4 enfants et 7 petits-enfants… mais aussi une très grande famille composée des dizaines de petits-enfants, eux-mêmes enfants des enfants que nous avons accueillis dans notre «famille d’accueil» depuis près de 40 ans, et qui sont devenus adultes.

L’aînée de nos filles est née en 1976 et il n’était pas concevable pour nous, dès le départ, de confier nos enfants à l’extérieur. Nous voulions les élever, les éduquer nous-mêmes, et nous avions résolu que je resterais à la maison pour prendre soin d’eux…

Mais il n’était pas simple de vivre du petit salaire de Christian, si bien que nous avons réfléchi à ce qui serait un moyen d’élever nos enfants et d’avoir un petit revenu, tout en répondant à ce désir d’accueillir, qui brûlait vraiment en nos cœurs… Nous avions toujours une chambre libre à la maison pour ceux et celles qui en avaient besoin.

Nous avons découvert le principe des «familles d’accueil», y avons réfléchi, et nous y sommes engagés très tôt.

J’ai l’habitude de dire que nous avons toujours été une famille « en recomposition » permanente. Nos enfants ont toujours vécu avec d’autres enfants…

Cela a été pour nous source de grandes joies: celle de pouvoir donner la main à un gamin «cassé», «brisé», qui a pour tous repères dans la vie et dans la tête: la violence, les larmes, des conditions de vie qui ont fait de la famille une réalité douloureuse pour lui…

Le voir sourire à nouveau, reprendre confiance – en lui et en l’autre – commencer à refaire des projets en se projetant dans une vie d’adulte différente de celles qu’il a connues… Ce sont les plus beaux moments; et avec le recul on se dit que l’on a semé quelque chose dans la vie de tous ces enfants, non seulement en leur ouvrant notre maison, notre famille et en prenant soin d’eux, mais en leur transmettant l’espérance de la vie éternelle, et en leur faisant vivre aussi au sein de notre famille la dimension de la foi, non seulement en paroles, mais par le vécu. Tout cela est infiniment précieux et encourageant.

«… Comme ces grands arbres qui portent des cicatrices...»

Mais cette intimité dans un accueil vécu en famille, a aussi ses moments difficiles. Elle est vécue en permanence, et cela veut dire qu’ils voient aussi nos larmes couler, nos combats, et les difficultés de la vie, que l’on traverse mais que l’on n’a pas forcément envie de partager avec quelqu’un qui vient d’ailleurs…

Nos propres enfants ont également vécu des moments difficiles. Car quand arrive un jeune être en souffrance, il exprime aussi celle-ci avec des violences – verbales, physiques parfois – des habitudes omniprésentes… Et nos enfants ont parfois souffert de cela, et nous l’ont reproché. Nous avons dû leur demander pardon de leur avoir fait vivre des choses difficiles, prendre conscience que nous leur avons offert une vie atypique… Elle les a certainement enrichis – ils ont d’ailleurs choisi de vivre tournés avec générosité vers les autres – mais ils ont aussi des cicatrices, comme ces grands arbres qui ont eu à subir des coups lors du travail des bûcherons en forêt.

Mais la grâce du Seigneur a toujours été présente, nos enfants sont engagés dans la foi, et ont appris à recevoir de Dieu ses consolations, ses guérisons. Les plus grandes difficultés ont toujours été dépassées grâce à cette force et à cette unité qui prenaient appui sur la présence de Dieu, avec cette espérance que l’on peut toujours sortir vainqueur de ces difficultés en s’adressant à lui!

«Nous avons vu la puissance de la prière transformer les situations…»

Je crois pouvoir dire que nous avons appris à mettre notre foi en action, et que nous avons vécu le miracle de la puissance de Dieu dans de nombreux domaines, que ce soit pour notre subsistance, nos finances, l’itinéraire professionnel, lors de crises fortes avec des jeunes que nous avons accompagnés… Alors que nous étions totalement démunis, face à des problèmes, nous avons vu la puissance de la prière transformer les situations…

Et parmi tout cela, il y avait le handicap de ma vue déclinante, vécu à la fois dans la certitude absolue que Dieu est Tout-puissant pour guérir, et dans un chemin où j’avançais avec cette «écharde dans la chair», qui nous ramenait au quotidien à des limites très contraignantes, et à une totale dépendance de Dieu, et des autres; un chemin difficile: prier pour les malades, voir le miracle de Dieu intervenir chez l’autre, et être là à se démener soi-même contre son propre handicap…

Mais cela nous a appris à mieux comprendre la souffrance des autres, à réaliser que nos chemins ne sont pas tous identiques et uniques, que Dieu a dit à Paul: «Ma grâce te suffit…». Il faut apprendre à s’abandonner dans les mains de Dieu et à recevoir de lui Sa grâce – qu’elle nous soit donnée au travers de la guérison ou de sa présence et son accompagnement dans l’épreuve – à réaliser que le résultat est bon pour nous et peut susciter la joie de vivre le miracle, comme la joie de triompher de l’épreuve en la supportant… Nous l’avons appris dans différents domaines de notre vie, et ce parcours dans le handicap nous a renforcés dans cette compréhension de la souveraineté de Dieu: il répond comme il le veut, et sa réponse est toujours bonne «au bout du compte»!

«Pour avancer, il faut aller "boire à la source", ensemble!»

Pour avancer, il faut «aller boire à la source», chaque matin, et y aller ensemble ! Jamais je ne remercierai assez le Seigneur pour le mari qu’il m’a donné, et pour ce que nous avons pu transmettre à nos enfants. Dieu est notre force, mais je crois qu’il nous la donne aussi au travers du soutien mutuel que nous nous apportons: quand l’un fléchit un peu, l’autre lui témoigne son amour mais lui rappelle aussi que Dieu est là; c’est ce qui nous fait être si tournés l’un vers l’autre dans cette dynamique familiale. «Il n’est pas bon que l’homme soit seul». Il y a une force particulière dans la vie chrétienne en famille… Et c’est une force bien trop négligée aujourd’hui dans l’Eglise, où l’équilibre familial et l’unité familiale autour de la Parole de Dieu et de sa présence sont malmenés. La société d’individualité a aussi touché les enfants de Dieu. Et elle disloque les familles, mais aussi les églises. En tout cas je puis dire que nous avons puisé notre force allant à la Source, à Christ, mais en y allant ensemble!

Un engagement militant au sein des Associations Familiales Protestantes…

Enfin, parmi nos engagements, je dois mentionner celui qui m’a amenée à des responsabilités au sein des Associations Familiales Protestantes, dont je préside depuis peu la Fédération nationale.

C’est en 2000 que notre association a intégré les AFP… Et c’est ce souci, cette vision de la famille qui nous y a conduits.

En particulier la rencontre, un jour, avec Pierre-Patrick Kaltenbach, leur ancien président, personnage complexe au premier abord, mais dont les paroles, les convictions nous ont touchés et marqués…

Nous avons appris à connaître les AFP, et découvert à ses côtés comment l’on pouvait non seulement œuvrer en direction des familles, mais aussi les représenter auprès des institutions et pouvoirs, être force et proposition, impacter la société civile, porter le message qui est nôtre auprès des élus…

Il s’est tissé entre nous une compréhension mutuelle. P.P. Kaltenbach m’a chargée de représenter les AFP à la conférence nationale de la famille. Cette expérience au Ministère de la Cohésion Sociale a été déterminante pour la suite de mon cheminement en lien avec les AFP. Malgré mes complexes et ma timidité, j’ai constaté autour de cette table, qu’en étant soi-même et en parlant avec le cœur, le message passait et que cela faisait la différence…

Ce fut le début d’un long apprentissage auprès de P.P. Kaltenbach, qui m’a littéralement «coachée», lui l’énarque, comme un «père» au sens spirituel du terme, envers moi l’autodidacte qui avait tout à apprendre. Il m’a transmis ce dont j’avais besoin – sur le plan intellectuel, et de la connaissance de la politique familiale – notamment.

C’est ainsi que, naturellement, il m’a formée puis tout doucement transmis la vision des AFP, en nous permettant de l’enrichir aussi de ce que lui apportait le courant évangélique… Et nous lui sommes reconnaissants de la confiance qu’il a fait aux évangéliques.

«Il faut se positionner clairement pour lever toute ambiguïté…»

En conclusion, et comme un enseignement tiré de cette expérience, je dirais la nécessité d’oser se positionner, parfois au risque d’être moins aimé des nôtres ou des autres. Se positionner permet de lever les ambiguïtés, de faire en sorte que personne ne se méprenne sur les chemins que l’on suit, et la façon dont on y chemine.

J’ai notamment pu me positionner, publiquement et très clairement, lors des débats sur le «mariage pour tous». Il était très important à mes yeux, tant au sein des AFP qu’ailleurs, de nous positionner avec clarté sur ce qu’est pour nous la famille, telle que la Bible nous la présente. Sinon, nous risquerions de renvoyer une image un peu floue, particulièrement quand d’autres positions sont prises dans le protestantisme, comme cela a été le cas (au printemps) par l’Eglise Protestante Unie de France concernant la bénédiction des couples homosexuels. Il ne suffit pas d’être personnellement au clair, il faut l’être aussi pour ceux qui nous perçoivent au travers des discours réducteurs, tenus par les médias…

«Plus la nuit est noire, plus la lumière est visible…»

Je souhaite maintenant poursuivre sans relâche le travail qui consiste à inciter les églises à ne pas négliger l’outil que constituent les AFP pour leur présence auprès des plus pauvres, mais aussi auprès des plus «grands», car tous ont besoin d’entendre le message de l’Evangile, et la voix des familles protestantes…

Nous avons notre part de responsabilité. Les temps sont courts, et si nous n’y allons pas, d’autres vont à notre place, avec un message de mort.

C’est pourquoi, je veux aussi appeler notre jeunesse des églises à ne pas se contenter de constituer des groupes de louanges, remplir des salles pour chanter des cantiques, mais à témoigner dans cette société. Il nous faut former les jeunes à être porteurs du message de l’Evangile dans des milieux où nous avons été peu présents mais où nous devons l’être.

Plus la nuit est noire, épaisse, plus la lumière est visible. Que nous ne manquions pas d’huile pour la faire briller! Dans les ténèbres d’aujourd’hui, il est beaucoup de gens perdus, inquiets, affolés, oppressés, désespérés qui cherchent la lumière. Que notre lumière brille dans ces ténèbres!»

Témoignage recueilli par le Pasteur Samuel Charles